Hell Driver

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En ressuscitant le concept de films d’exploitation via leur dyptique Grindhouse, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez ne se doutaient pas qu’ils allaient donner envie à d’autres réalisateurs de leur emboiter le pas, pour le meilleur mais aussi, le plus souvent, pour le pire. Hell Driver (que Cinetrafic m’a proposé de DVDécortiquer ici) fait partie de cette deuxième catégorie, quelque part entre le blockbuster free-style et série Z friquée.

Le réalisateur, Patrick Lussier, précédemment coupable d’avoir tourné Meurtres à la Saint-Valentin, nous livre ici un un road movie décérébré échappé des années 70. De la première à la dernière image, le film mérite amplement son interdiction aux moins de 12 ans lors de sa sortie en salles.

Nicolas Cage y incarne John Milton, un homme sans attaches à la recherche de sa petite fille, sur le point d’être sacrifiée par une secte satanique. En chemin, il fait la connaissance de Piper, « chick » de service. Pour couronner le tout, le duo doit échapper à un mystérieux individu se faisant appeler « Le Comptable ». Et des comptes, John et Piper vont en rendre quelques-uns en chemin.

Au bout de 5mn, le décor est planté : Milton rattrape des membres de la secte pour appliquer sa propre loi, avec un sadisme non-dissimulé. Pas de doutes, on est bien dans un film de justicier. On s’attend à tout moment à voir apparaitre Charles Bronson ou Clint Eastwood période Dirty Harry. Lussier et son co-scénariste Todd Farmer avouent, dans les bonus du dvd, n’avoir subi aucune pression de la part de la production, et ça se voit ! Les scénes de poursuite et gun fights s’enchaînent, alternant sexe et ultra-violence, parfois même les deux à la fois. On ne sait jamais si ce qu’on voit à l’écran est à prendre au premier ou au second degré.

Entendons nous bien : je n’ai rien contre les pop corn movies assumés qui ne monopolise qu’une infime partie du cerveau du spectateur. J’avoue même avoir apprécié Piranha 3D et Kick-Ass (John Plissken voudra probablement me faire tâter de son fouet pour cet aveu, mais j’assume). Mais le scénario pitoyable de Hell Driver (autre aveu des scénaristes : le script a été bouclé rapidement sans aucune relecture) m’a tout simplement ennuyé profondément. Même si j’ai pu avoir un regain d’intérêt lorsque le road movie standard se transforme en cavale démoniaque (un film de genre transgenres, ce n’est pas si fréquent : les derniers à avoir osé le mélange étaient Rodriguez et Tarantino – encore eux ! – dans Une nuit en enfer), je ne suis pas arrivé à adhérer à l’ensemble, trop brouillon pour tenir en haleine le spectateur.

Soit, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Et chacun peut apprécier (ou pas) que les méchants du films soient des rednecks issus de l’Amérique profonde (ah, le gros plan sur le drapeau sudiste !), que le héros tourne systématiquement le dos à la voiture qu’il vient de faire exploser (au ralenti, bien entendu) et que tous les personnages féminins (sans exception !) soient des nymphomanes en puissance. Mais il reste des points techniques qui accentuent le malaise.

Venons-en justement au point qui rend particulièrement pénible le visionnage de Hell Driver en dvd/Blu-Ray : la 3D. Ou plutôt son absence sur le dvd (le Blu-Ray devrait être édité en 3D). Comme Piranha 3D, Hell Driver a été conçu pour rendre l’expérience du relief au cinéma spectaculaire. Peu importe que le spectateur ressente la profondeur du relief, l’essentiel est de multiplier les projections de chair et les effets surgissants de balles.
Le film use et abuse d’effets « pop-up », à tel point que la conversion 3D se voit clairement sur le film, même lorsque celui-ci est vu en 2D ! Pendant les scènes 3D, les acteurs semblent soudain entourés d’une auréole permettant de mieux visualiser les « couches » du relief et les effets numérique semblent bâclés.

Pourtant, l’interprétation de la plupart des acteurs est à la hauteur. Les seconds rôles s’éclatent visiblement (on remarquera au passage la présence de Tom Atkins, chéri de ces geeks en puissance, dans le rôle du shérif local) et Amber Heard est parfaite dans son rôle de fille « qui en a ».

Casting à la hauteur donc à deux exceptions près : William Fichtner et Nicolas Cage.

William Fichtner cabotine un peu trop dans son rôle de Comptable, échappé de l’Enfer pour y ramener Milton. Costard-cravate et visage impassible, ce Comptable amidonné traverse le film comme une mauvaise statue vivante dans un square : une seule expression et un tremblement des narines de temps en temps, juste pour prouver qu’il y a un acteur dans ce grand corp inerte. Quand à Nicolas Cage, même ses plus mauvaises interprétations étaient sauvées par des dialogues convaincants. Ici, son temps de paroles est limité (espérons que le pauvre Nick n’a pas été payé à la ligne de dialogues) et ses rares paroles sont récitées avec l’enthousiasme d’une chaise (si vous arrivez à visualiser l’image).

Si on fait abstraction de l’oeuvre en elle-même (ce qui représente un exploit !), la qualité et le contenu du dvd sont (comme toujours chez Metropolitan FilmExport) impeccables. Quelques suppléments courts mais intéressants, les commentaires audio du réalisateur et du scénariste, une série d’interviews du réalisateur, du scénariste et des principaux acteurs (sans Nicolas Cage, tiens donc !) Par contre, rien ne vous oblige à regarder le supplément reprenant toutes les scènes de baston du film (c’est à dire de la moitié de Hell Driver !) agrémentées d’un compteur de points, ainsi que les 2 scènes coupées, totalement inutiles.

Cerise sur le gâteau, un court interview de Nicolas Cage « himself » confirme ce qu’on redoutait depuis quelques temps : l’immense acteur qu’il fût (je conseille aux plus jeunes d’entre vous de revoir sa prestation dans Birdy d’Alan Parker pour s’en convaincre) a été remplacé par un zombie peroxydé (je m’étais pourtant interdit de me moquer de la coiffure de Nick !) qui enchaîne séries Z et interviews sans âme pour payer ses impôts.

Allez Nick, on te pardonne encore cette fois-ci. Mais ton coefficient de sympathie s’effrite dangereusement.

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Joël

Biberonné aux prods Spielberg et John Hugues. Converti au WoodyAllenisme depuis Play It again, Sam. A usé bien des strapontins dans les années 80. A usé bien des VHS dans les années 90. A usé bien des zapettes dans les années 2000. Attaque l’usage intensif de Blu-Ray depuis peu.

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3 Responses

  1. stif42 dit :

    « Soit, les goûts et les couleurs ne se discutent pas »

    Ah !!!!! J’adore cette phrase. Je l’adore parce qu’elle est systématiquement suivie de la démonstration de son contraire. C’est un peu une prétérition… Je ne dirai pas que, mais je le dis quand même…

    Bah oui, lorsque tu publies une critique, que fais-tu d’autre sinon discuter du goût des autres ? Que fais-tu d’autre sinon porter des jugements de valeur fondés sur des aspects aussi bien techniques qu’esthétiques ?

    Donc, une fois pour toute, prenons nos couilles à pleine main et crions haut et fort que les goûts et les couleurs sont là pour être discutés.

    Ah et sinon, Piranha 3d et Kick ass sont deux exemples parfaits de la déchéance totale cinématographique. Et puis moi, quand je paye, j’aime bien laisser mon cerveau allumé. Si c’est juste pour passer un moment de totale vacuité, soit je vais au lit, soit je me bourre la gueule. Soit je vais au lit puis je me bourre la gueule.

  2. joel dit :

    Et une réponse (méga) tardive, une ! Pardon, Stif42.

    Je confirme donc : les goûts et les couleurs peuvent peut être se discuter, mais je ne les discute pas ici. Les goûts c’est une chose, les faiblesses techniques d’un film, c’est du palpable.

    Je suis intéressé par ton avis sur Hell Driver, justement (pas sur Kick-Ass, parce que sur Kick-Ass, je le connais, ton avis !).
    Parce que même cerveau éteint, j’ai du mal à avoir un quelconque avis positif sur ce « machin ».

  1. 21 avril 2014

    […] permettre de partager avec vous mon enthousiasme, suite à la vision de La défense Lincoln ou de Hell Driver … hum, non non, pas de Hell Driver finalement […]

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