Le podcast du mois #6 : Splitscreen

Splitscreen
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Ils sont beaux, ils sont talentueux et ils nous parlent de cinéma en audio comme en vidéo.

Hervé Coiral, Gilles DaCosta et Olivier InTheBlix sont aujourd’hui mes invités pour nous parler de Splitscreen, le seul podcast cinéma traitant de l’envers du décor, à savoir tous les aspects de la production d’un film.

Hervé, Gilles et Olivier, bonjour. Mettons un peu en lumière les hommes derrière le podcast, voulez-vous ? Commençons donc par les présentations : qui êtes vous donc, tous les trois ?

Hervé. Un amoureux du cinéma comme tant d’autres. Mais je suis plus attaché aux secrets de fabrication, aux talents des magiciens qui travaillent dans l’ombre et aux outils qu’ils utilisent. Si cette passion date des années 70, je dois avouer qu’elle s’est sublimée encore plus pendant mes sept années au sein des équipes techniques de la télévision. J’ai eu la chance de travailler dans ce milieu où j’ai rencontré des décorateurs, des accessoiristes, des truquistes et d’autres personnes travaillant dans l’ombre des grandes émissions de télé, des séries TV françaises ou de films. Toutes mes précédentes années de cinéma de quartier et de VHS usées de mon vidéo club du coin ont trouvé un écho pendant cette période. Je travaillais pour la Société Française de Production (SFP) à Bry sur Marne. A l’époque, j’avais accès à tout et j’ai eu la chance de me promener seul dans des décors incroyables comme le pont d’un bateau de pirate ou encore un appartement complet fidèlement reconstitué. Il y a forcément plus de magie à la vue d’un pont de navire qu’un appartement contemporain mais, le talent des artistes est le même. Et on n’en parlait pas suffisamment à l’époque.

Gilles. Le cinéma est pour moi une obsession depuis mon plus jeune âge. C’est en grande partie à cause d’Hervé, qui est le fils de mon ancienne nourrice et qui m’a fait découvrir le fantastique et la science-fiction alors que ne savais pas encore lire. Je le voyais construire des maquettes de vaisseaux spatiaux, des accessoires, des dioramas ou concevoir des masques de monstres et c’est vraiment ce qui m’a donné envie d’en savoir plus à ce sujet. J’étais toujours en train de le harceler pour qu’il me prête ses figurines Star Wars ou qu’il m’explique comment était réalisé tel effet spécial ou tel décor. En ce sens, cette curiosité et cette envie de décortiquer les films au centre de Splitscreen existe depuis très longtemps. Nous ne faisons que poursuivre l’aventure et nous poser les mêmes questions d’une manière différente. Plus tard, en grandissant, j’ai commencé à regarder toutes les VHS disponibles dans mon video-club de quartier. C’est cette soif qui m’a fait découvrir différents cinémas, différentes manières de concevoir et d’envisager les films. Depuis, je suis resté très attaché à cette diversité et j’essaye de ne pas rester enfermé dans un genre précis.  Malgré cette volonté d’avoir une certaine ouverture d’esprit, je suis surtout un grand fan du cinéma des années 70. Particulièrement le cinéma de genre américain et asiatique de cette époque que j’adore. J’ai tendance à me répandre à l’oral comme à l’écrit donc je vais m’arrêter là…

Olivier. Un cinéphile avec une préférence marquée pour le cinéma “de genre”. Mon premier souvenir au cinéma a été La Guerre des Etoiles (on ne disait pas Star Wars, à l’époque), depuis grâce à des revues comme Starfix dans les années 80, L’Ecran Fantastique, Mad Movies et surtout les VHS des vidéo-clubs et Canal Plus, j’ai nourri ma passion frénétiquement. Le soufflé est retombé pendant mes études “supérieures” et mes premières années de vie active mais avec l’avènement d’internet, mon installation à Paris (mon pouvoir d’achat plus important…ça douille la culture) et la rencontre avec les compadres des podcasts (John Plissken, Gilles, Hervé puis Dr No, Damouk, etc), j’ai repris un rythme plus soutenu…mais moins que Wiki-Gilles… je le soupçonne d’être un cyborg.

Plusieurs des podcasteurs précédemment interviewés sur ce blog ont cité Splitscreen comme le podcast à suivre absolument. J’avais moi-même parlé du podcast dans un article publié en septembre 2011, le qualifiant de “must-listen”, ce que je pense toujours. Comment vous est venu l’idée d’aborder dans Splitscreen le cinéma du point de vue de la production ?

Hervé. Je te remercie pour ce qualificatif ainsi que tout ceux qui nous citent. La création de Splitscreen vient surtout d’une certaine frustration. Je ne trouvais pas de podcast qui permettait d’apprendre des choses sur les coulisses des films, mis à part quelques podcasts anglophones qui se concentraient sur l’écriture de scénario ou sur la conception des effets spéciaux. Mais rien de similaire n’existait alors en France. L’idée était de porter un autre regard sur le cinéma, de ne pas aborder les choses de manière critique mais plutôt analytique. Il existe déjà beaucoup d’émissions qui critiquent les films et nous ne pensions pas pouvoir apporter quelque-chose de neuf en la matière. Il fallait donc chercher ailleurs et faire un podcast qui nous correspondait plus.

Ce qui nous intéresse aussi avec Splitscreen, c’est de pouvoir apprendre des choses lors de nos recherches. Ce n’est pas uniquement un podcast que nous faisons pour les auditeurs car la préparation de chaque numéro est très enrichissante pour nous aussi.

Ce qui impressionne dans Splitscreen c’est que l’essentiel de ce qui fait le charme et la qualité du podcast était là dès les premiers épisodes. Le numéro 2, consacré à Black Swan, est un modèle du genre. On sent la passion qui vous anime. D’ailleurs, animer un podcast à trois a-t-il été une évidence dès le début ?

Hervé. Le Splitscreen spécial Black Swan est notre premier vrai dossier et aujourd’hui encore des auditeurs nous en parlent. La première vraie émission avant celle-là était plus informelle, c’était plus un débat entre Gilles et moi concernant le retour en force des remakes à Hollywood. L’émission sur Black Swan était un exercice particulier car le film n’était pas encore sorti en DVD, peu de détails filtraient sur la conception du film et nous avions peu de matière pour concevoir l’émission. Pour une première, nous partions sur un sujet compliqué. Et en même temps ça a aussi donné le ton des numéros suivants, car ça nous a forcé à chercher des éléments par nous-mêmes, à recueillir des infos en lisant des interviews de différents techniciens ayant travaillé sur le film. C’était très intéressant d’enquêter et de décrypter ainsi le film petit à petit.

Quant au fait d’animer l’émission à trois, cela a été une évidence dès le départ. Ça impose un certain rythme, un échange constant d’informations dont nous avons besoin pour rendre l’émission vivante. Nous étions deux sur le pilote mais nous savions qu’au-delà de ce test, le Splitscreen que nous imaginions nécessiterait une équipe plus importante. Il fallait de toute façon un modérateur pour gérer les prises de parole, structurer un podcast qui s’annonçait assez consistant, et deux autres animateur pour créer une vraie dynamique. Chacun a rapidement trouvé sa place. Je fais office d’organisateur du débat avec les infos qui me permettent de le diriger, Olivier est très documenté et précis, tandis que Gilles parle beaucoup, tout le temps (rires). On essaye de créer une sorte de conversation, en espérant que les auditeurs se sentent impliqués comme s’ils étaient avec des amis.

J’ai cru comprendre que nous avons vous et moi connu la même première émotion cinématographique (une sombre histoire de droïdes, mais ce ne sont pas ceux que vous recherchez). Outre cet amour pour la (seule et unique) trilogie Star Wars, nous avons en commun d’avoir connu un temps où on trouvait en kiosque Starfix, Mad Movies et l’Ecran Fantastique, où les multiplexes n’existaient pas encore et où les vidéos clubs représentaient l’eldorado de la cinéphilie. Etes-vous (comme moi, je l’avoue) nostalgique de cette époque ? Et quels sont d’après vous les réalisateurs capables de prendre le relais des De Palma, Argento, Sam Raimi, … ?

Hervé. Je ne suis absolument pas nostalgique de cette période mais, j’en garde un souvenir fantastique. Le cinéma ne cesse de nous proposer des perles et beaucoup de films formidables sortent encore. A vrai dire, ma nostalgie se rapporte plus aux lieux disparus, comme mon petit cinéma de quartier – transformé en restaurant – ou mon vidéoclub – devenu un atelier de dépannage informatique. Ce sont ces endroits chargés de souvenirs qui me manquent. C’était aussi une époque où il était plus compliqué de voir certains films, ce qui nous obligeait à en découvrir d’autres. L’ouverture d’esprit venait de cette contrainte finalement. Peu d’informations filtraient dans les médias généralistes à l’époque quand il s’agissait de cinéma de genre. Nous devions faire l’effort d’aller vers l’inconnu. C’est très différent aujourd’hui.

Gilles. C’est vrai. Dans les années 80, le spectateur n’était pas encore dans la position “passive” qui est la sienne aujourd’hui. Si tu étais cinéphile, il fallait vraiment faire l’effort de chercher ce qui te correspondait en tombant parfois à côté. Car les seules sources d’informations étaient les magazines spécialisés ou le bouche à oreille. Aujourd’hui il suffit de s’abonner au flux RSS d’un bon site de cinéma pour recevoir les dernières news et toutes les bandes annonces en haute définition. Le contenu est plus accessible, mais malheureusement les bons films se noient parfois dans la masse des médiocres. Mais il ne faut pas pour autant tomber dans le « c’était mieux avant », il ne faut pas être amnésique concernant les défauts du passé. Aujourd’hui les fans de cinéma ont accès à bien plus de films, le choix est quasiment illimité et ta cinéphilie ne s’en porte que mieux.

Olivier. Il faut se souvenir qu’à l’époque la chronologie des médias était très différente. On apprenait beaucoup de choses sur la conception et la sortie du film dans des revues de cinéma de genre avant d’en voir le premier extrait. Il pouvait parfois se passer des années avant que nous puissions voir un film que nous attendions comme le messie. Aujourd’hui tout est beaucoup plus rapide, presque immédiat,  les spectateurs ne tolèrent plus aucune frustration. Après je pense qu’il ne faut surtout pas tomber dans ce défaut du geek de base qui clame que la cinéphilie était plus « authentique » avant car accéder aux films était un chemin de croix. C’est une espèce de jalousie absurde envers la génération actuelle, car nous ne pouvions même pas rêver d’avoir cette facilité d’accès à l’époque.

Concernant les réalisateurs actuels capables de prendre le relais des anciens, c’est une vaste question.

Gilles. C’est compliqué. De Palma, Argento et Sam Raimi sont chacun à l’origine d’une petite révolution dans leur genre ou leur sous-genre. C’est la raison pour laquelle il est difficile de pointer du doigt ceux qui réinventeront de nouvelles formes de cinéma car ils sont justement en train de le faire. Nous n’avons pas assez de recul pour bien distinguer les nouveaux maîtres je pense. Je ne peux que citer certains réalisateurs dont les films imposent déjà une voix unique comme Ben Wheatley, Park Chan Wook ou Nicholas Winding Refn.

Olivier. Je suis très fan de l’école espagnole/mexicaine actuelle en matière de cinéma fantastique. Ce sont de grands stylistes qui imposent des univers très forts. Je pense notamment à Guillermo Del Toro, Álex de la Iglesia, deux réalisateurs ayant une patte incontestable.

Hervé. Si on prend l’exemple de Duncan Jones ou de Nicholas Winding Refn qui se révèlent, il est difficile de distinguer un futur grand à ce stade d’une carrière. Ils pourraient enchaîner les très bons films comme sombrer dans une période nanardesque, il est trop tôt pour le dire. Alfonso Cuarõn est aussi un réalisateur plein de potentiel. Les fils de l’homme et Gravity (auquel est consacrée notre dernière émission) sont d’excellents films qui feront date dans l’histoire du cinéma et de la Science-Fiction, sans aucun doute. Après, il faut laisser le temps à ces réalisateurs de se construire une filmographie pour pouvoir les juger.

Après un passage chez feu NoWatch, puis un transfuge au sein de la grande équipe du DailyMars, on ne savait plus trop où trouver les épisodes de Splitscreen sur le web. Heureusement, le site Splitscreen a connu un relooking récent, regroupant l’intégralité des podcasts publiés à ce jour. Parmi les éléments marquants du nouveau site, j’ai remarqué une liste de sources documentaires qui accompagne désormais les épisodes du podcast. Le voile se lève enfin sur un des secrets les mieux gardés de Splitscreen. Alors, avouez : d’où tirez vous toute cette connaissance ? Comment êtes vous devenus l’Encyclopedia Universalis de la production cinématographique ?

Gilles. C’est agréable à entendre mais nous sommes très loin d’être l’Encyclopedia Universalis du cinéma. Nous passons simplement beaucoup de temps à chercher des anecdotes et des détails sur la conception des films dont nous parlons, à croiser les sources pour être au plus près de ce qui s’est vraiment passé. Les auditeurs sont d’ailleurs souvent étonnés quand nous leur précisons que nous avons des tonnes de notes devant les yeux. Mais c’est pourtant le secret de l’émission : la documentation. Si nous arrivons à maintenir l’illusion que cela sort de notre tête, alors tant mieux. Cela veut dire que nos notes sont bien assimilées et que nous ne donnons pas l’impression de réciter.

Hervé. Nous avons toujours eu à cœur de partager nos sources et elles ont toujours été disponibles sur notre site. Sauf effectivement un ou deux épisodes pour des raisons oubliées. Ensuite, il est effectivement impensable de pouvoir se souvenir d’une telle quantité d’informations dans un délai si court. Nous ne sommes pas dans une configuration où nous préparons un documentaire ou même un livre. Ça prend souvent plusieurs années à concevoir et l’auteur a le temps d’assimiler toutes les informations. De notre côté, nous avons trop peu de temps. Nous devons concentrer les infos, les synthétiser, les régurgiter puis passer au numéro suivant.

Olivier. Oui, nous n’avons pas le temps de tout mémoriser. Le podcast est avant tout un hobby et cela sous-entend un certain nombre de restrictions dans la préparation. De plus, comme nous essayons de porter une attention particulière aux détails, nous sommes sans cesse obligés de nous raccrocher à nos notes pour être les plus précis possible. Au final, cette rigueur très scolaire est au service de l’histoire que nous cherchons à raconter dans chaque numéro.  Il faut que tout soit très fluide pour impliquer l’auditeur et que le dossier ne soit pas qu’une succession d’anecdotes décousues.

Vous avez mis en place une façon très fluide et méthodiquement mise au point de dérouler les épisodes en alternant les interventions de chacun de vous. Comment vous répartissez vous les tâches de préparation d’un épisode de Splitscreen ?

Hervé. Dans un premier temps et après avoir validé le sujet, chacun fait ses propres recherches en toute indépendance et sans se concerter. C’est important car cela permet de conserver une certaine spontanéité, une certaine fluidité, lors de l’enregistrement. De cette manière, on évite de tomber dans la récitation automatisée et on conserve quelque chose de très conversationnel.

Olivier. Le défi est même d’arriver à surprendre les autres animateurs en sortant les anecdotes les plus obscures possibles. C’est aussi ça qui nous stimule lors des recherches.

Gilles. Oui, on essaye aussi de laisser une place aux accidents et au hasard. Il arrive fréquemment que nous nous corrigions par exemple. Nous ne voulons surtout pas donner l’impression d’un truc artificiel et contrôlé de A à Z. Il faut absolument que ça reste humain.

Le générique de début composé d’extraits de films enchaînés est un grand kiff de cinéphile. En particulier la première phrase “oh my god, it’s full of stars” que beaucoup de cinéphiles attribuent au mauvais film. Je suppose que chacun de vous sait de quel film cette phrase est tirée ?

Hervé. Lorsque j’ai conçu et monté le générique pour l’émission, Il était évident que je devais mettre des répliques pour rendre autant hommage aux actrices et aux acteurs qu’aux scénaristes et aux auteurs des répliques cultes qui ont marqué ma cinéphilie. Lorsque j’ai cherché la première réplique du générique, j’ai tout de suite pensé à celle dite par le personnage de David Bowman au début de 2010, l’année du premier contact de Peter Hyams (1984). Pour deux raisons. Tout d’abord parce que j’avais été impressionné par cette réplique grâce à sa résonance dans le noir complet de la salle au début du film. Ensuite “oh my god, it’s full of stars” correspondait parfaitement à l’esprit de Splitscreen – la volonté de démontrer qu’il y avait plus de “Stars” que ce que les médias habituels nous présentent.

Olivier. What else ?

Gilles. Rien à ajouter à ce sujet. La déposition de l’adjudant-chef Hervé est conforme à ma version de l’histoire.

Chaque épisode s’achève sur le classique bétisier de l’émission, façon Pixar. John Lasseter ne vous a jamais demandé des royalties sur le concept ?

Olivier. Plutôt Bernard Montiel (rires)

Gilles. ou Alexandre Debanne (rires).

Hervé. (Rires) Le bêtisier est maintenant usé jusqu’à la corde par tous les médias et Monsieur Lasseter n’en a pas le monopole. A dire vrai, le bêtisier est surtout présent pour partager à notre tour les coulisses de Splitscreen. Et surtout pour montrer que l’on ne se prend pas au sérieux dans la forme.

Entre deux épisodes “classiques” de Splitscreen, vous avez testé différents formats d’émission. Pouvez-vous nous parler des “hors-séries”, des “Splitscreen talk” et des “Splitscreen in the dark” ?

Hervé. Nous avons pas mal testé de choses en effet. L’idée était de proposer d’autres émissions entre nos dossiers qui sont long à préparer et dont le montage prend souvent du temps pour rendre le tout agréable à l’écoute. Finalement, la plupart ont été abandonnés ou sont en suspens. Nous avons tous les trois des projets en cours qui demandent du temps et nous avons décidé de nous concentrer sur notre émission principale. Mais rien n’empêche la résurrection future d’un des formats.

Olivier. Le Temps, toujours le temps…et l’argent, bien sûr. Faut qu’on gagne au loto…Faut qu’on joue au loto…

Gilles. Nous avons créé des formats selon nos envies lorsque nous en avions besoin. Comme le Splitscreen Mini consacré à l’Etrange Festival que j’ai enregistré récemment.

Ecoutez-vous les podcasts cinéma de vos camarades ? Et si vous deviez en faire découvrir un à nos lecteurs, lequel serait-il et pourquoi ?

Gilles. J’écoute assez peu de podcasts mais j’aime beaucoup Mauvais Genre sur France Inter, qu’on pourrait plutôt catégoriser dans la catch-up radio d’ailleurs. Récemment, un auditeur (@spideryoyo sur twitter) m’a fait découvrir un podcast ciné québécois dont je suis devenu un auditeur régulier : le 7ème antiquaire. J’ai commencé par une émission consacrée à la Shaw Brothers et j’ai tout de suite accroché. Leur savoir est hallucinant et ils animent ça avec beaucoup de naturel et d’humilité. Depuis, je rattrape petit à petit mon retard et je constate que toutes leurs émissions sont passionnantes. Ils ont récemment enregistré une émission sur le rapport entre HP Lovecraft et le travail de John Carpenter que j’ai trouvé géniale. Je suis également très fan de How Did This Get Made?, un podcast humoristique analysant les naufrages artistiques au cinéma. Je n’en rate pas un épisode, c’est très instructif et toujours à mourir de rire.

Hervé. J’écoute pas mal de podcasts, toujours avec la volonté de découvrir ce qui se fait et de trouver ceux qui pourraient me captiver. En règle générale, je recherche un vrai concept, un angle de traitement différent ou un point de vue plus spécifique sur le cinéma. C’est particulièrement chez les anglophones que j’ai trouvé ce que je recherchais. Fxguide est sûrement mon favori parmi ma liste importante. Dans la même veine, j’écoute les interviews de superviseurs de VFX réalisés par Vincent Frei pour son site artofvfx.com. Sinon, il faut absolument pointer les oreilles du côté du Québec où la communauté podcastique est très active depuis longtemps. Ma première expérience de « podcast », en tant qu’auditeur, a commencé en 1999 avec SWendirect.com. Ce qui remonte déjà à 15 ans. En revanche, j’ai très peu d’émissions en vidéo dans ma liste. Simplement parce que si je dois prendre le temps de me mettre devant un écran, je préfère me visionner un film, bien entendu.

Olivier. Je ne vais pas citer d’émissions de radio, je sais que les puristes du podcast s’agacent qu’on les mette dans le même sac (mais disons que le service public propose de belles choses). Je ne suis plus un auditeur boulimique de podcasts, je n’ai hélas plus le temps. Je fais ma sélection selon les sujets traités. Je peux te citer Satoorn, Any Given Film, 24 fps, les conférences de la cinémathèque, etc. Je traîne aussi sur iTunes U où il y a pas mal de trucs vraiment sympathiques. Par contre, je ne peux plus regarder les podcasts vidéo (le temps…mais je vous l’ai déjà dit, non ?) et c’est bien dommage, j’adorais Popcorn Le Podcast et je n’ai pas pu suivre l’évolution de Podsac.

Vous faites tous les trois partie de la rédaction de l’incontournable DailyMars. Pouvez-vous nous dire quel est le rôle et la spécialité de chacun de vous au sein de cette rédaction ?

Hervé. Je suis en partie l’initiateur du projet et un des 3 co-créateurs. Suite à une soirée et au détour d’une conversation avec John Plissken, je lui exprimais le fait que je trouvais dommage que les rédacteurs talentueux qu’il connaissait, ne se réunissaient pas autour d’un seul projet commun de web-magazine. Du coup, il a pensé à faire évoluer son blog et je lui proposé d’en faire un site.

Il m’arrive d’y faire des apparitions en tant que rédacteur mais ça prend du temps. Je suis plus souvent en coulisses pour élaborer des graphismes ou pour développer des parties du site pour servir l’équipe (en compagnie de Nicolas et de Joe). J’ai un peu freiné Splitscreen l’année dernière avec la création du Daily Mars et avec ce début de nouvelle année, je fais l’inverse. Pas facile d’être bicéphale, l’équilibre est compliqué.

Olivier. J’ai commencé par m’occuper uniquement du Fil Info puis progressivement j’ai fait quelques critiques par-ci, par-là, lorsque j’avais la chance (et le temps) de voir des avant-premières. J’ai suppléé notre Rédac’ Chef John Plissken lorsqu’il était pris par son documentaire Marvel Renaissance et je produis l’Aguiche Room (vocabulaire pompeux pour dire que je prépare l’émission et la monte, depuis peu).

Gilles. J’ai commencé à écrire pour le Daily Mars en 2012 en critiquant des films vus lors du PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival). Puis, j’ai enchaîné en faisant des retros en quatre ou cinq parties à propos de réalisateurs que j’admire comme Lucio Fulci, John Cassavetes, Sam Fuller ou Satoshi Kon. Malheureusement c’est un travail fastidieux et, même si j’y reviendrai certainement, je me consacre aujourd’hui à ma “petite rubrique des horreurs” qui me donne l’opportunité chaque semaine de parler d’un film d’horreur. Mais ce que je préfère, c’est vraiment la couverture de festivals. J’ai vu et chroniqué 30 films durant l’Etrange Festival 2013 et c’était une expérience aussi fatiguante qu’enrichissante que je souhaite à tous cinéphiles.

Pour terminer, j’aimerai que chacun d’entre vous me cite un film que vous appréciez particulièrement et que vous considérez comme injustement méconnu du grand public.

Gilles. Je citerai Elle s’appelait Scorpion, un film japonais réalisé en 1972 par Shun’ya Itō. C’est une pure oeuvre d’exploitation qu’on peut classer dans le sous-genre « prison de femmes ». Un film âpre et assez violent, pourtant étrangement poétique malgré son sujet. Mais c’est aussi un objet unique, à la fois fermement ancré dans la culture japonaise et son folklore mais qui bascule parfois dans un formalisme proche du western spaghetti. C’est le deuxième film d’une franchise autrefois très populaire au japon ayant pour héroïne le personnage de Scorpion, une figure vengeresse interprétée avec beaucoup de retenue dans les quatre premiers films par l’excellente Meiko Kaji. J’adore ce film et je le regarde régulièrement. C’est pour moi un exemple de mélange des genres et des tons. Il illustre parfaitement cette capacité incroyable qu’avaient certains réalisateurs japonais dans les années 70 à concevoir des films de genre palpitants tout en s’attaquant à des sujets sensibles. Kinji Fukasaku, Toshiya Fujita ou Seijun Suzuki savaient également réaliser ce genre de films. Aujourd’hui ce courant existe encore au japon avec des artistes comme Takashi Miike, Sono Sion ou Hitoshi Matsumoto dont je suis un admirateur.

Hervé. C’est toujours compliqué de répondre à cette question. Tout dépend de l’état d’esprit du moment, des découvertes récentes ou encore d’un Revival foudroyant. Disons qu’aujourd’hui, là, maintenant, je pense à Das Boot (Le bateau) de Wolfgang Petersen sorti en 1981. L’histoire d’un équipage de U-boat pendant la seconde guerre mondiale. Jurgen Prochnow campe le capitaine de ce sous-marin allemand dont l’équipe est très jeune. L’atmosphère y est incroyablement réaliste par son ambiance claustrophobique et par le traitement des évolutions de chaque protagoniste vers la maturité. C’est une épopée incroyable. Il en existe plusieurs versions. Il y a le film, bien entendu, mais, il existe une version très longue qui fut diffusé à la TV en plusieurs parties. Sûrement la meilleure version à voir.

Ensuite, c’est le genre de la science fiction pure que je trouve injustement méconnu. Ce genre a tellement mieux à donner que les blockbusters habituellement distribués en salle ou en version nanard-DTV. Moon de Duncan Jones ou encore District 9 de Neil Blomkamp en 2009 étaient des perles de savoir-faire et sont des représentants fidèles du genre. Malheureusement, lorsque le budget est confortable dans les productions, l’âme de la SF se perd. Les côtés analyses, dénonciatrices ou encore philosophiques disparaissent au profit de l’étalage de technologie comme simple outils. Gattaca d’Andrew Niccol (1997) est, lui aussi, un belle exemple du genre Anticipation.

Olivier. Damned, Hervé vient de me piquer des idées…Brainstorm de Douglas Trumbl, Matinee de Joe Dante (ode à la cinéphilie) et, parce qu’il faut toujours citer John Carpenter, Assault on Precinct 13, ça te va ?

C’est parfait ! Merci à vous trois. Je rappelle qu’on peut vous retrouver sur Twitter, sur Facebook et bien en entendu sur le site Splitscreen et au sein de la rédaction du DailyMars.net.

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Joël

Biberonné aux prods Spielberg et John Hugues. Converti au WoodyAllenisme depuis Play It again, Sam. A usé bien des strapontins dans les années 80. A usé bien des VHS dans les années 90. A usé bien des zapettes dans les années 2000. Attaque l’usage intensif de Blu-Ray depuis peu.

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2 Responses

  1. 9 novembre 2014

    […] Satoorn, Any Given Film, Podsac, 24FPS, Movies Unchained, Splitscreen et Instant Critique, j’accueille aujourd’hui le duo à la voix pitchée, les cadors […]

  2. 10 novembre 2014

    […] : le caviar du podcast audio (lire aussi l’interview). Les profanateurs de sub-culture nous ont définitivement envahis. Nous sommes leurs esclaves, […]

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