Stalag 17

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Je vais encore vous parler du grand Billy. Tout d’abord parce que le sujet me passionne (qui en doute encore ?) mais aussi parce que certaines périodes de sa filmographie sont trop souvent occultées. On a plaisir à évoquer sa période « lumineuse » qui court de 1959 (Certains l’aiment chaud) à 1966 (La grande combine) approximativement (âge d’or de sa collaboration avec le scénariste I. A. L. Diamond), mais on oublie le Wilder plus sombre des années cinquante.

Après avoir réalisé le terriblement cynique Le gouffre aux chimères, Wilder récidive avec Stalag 17. Dans un baraquement d’un camp allemand durant la Seconde Guerre Mondiale, des prisonniers alliés se demandent qui parmi eux est la taupe qui renseigne les officiers allemands sur les tentatives d’évasions qu’ils préparent.

Et voilà comment, quatre ans avant 12 hommes en colère de Sidney Lumet, Billy Wilder réalise un huis-clos, doublé d’un whodunit, machiavélique. Quoi de plus étroit que l’espace partagé par les prisonniers du stalag 17 ? Les hommes vivent les uns sur les autres et pourtant, sans que personne ne s’en aperçoive, un traître passe des informations au Sergent Schultz et au Colonel von Scherbach (interprété par le réalisateur Otto Preminger).

Adapté d’une pièce de théatre, le scénario invoque un thème cher à Wilder : la puissance destructrice du groupe contre un seul homme. Dans Le gouffre aux chimères, l’engouement de la foule prend le pas sur la volonté du journaliste incarné par Kirk Douglas de prolonger un sauvetage perdu d’avance. Ici, c’est le jugement faussé par les apparences d’un groupe d’hommes qui guide le spectateur vers une fausse piste alors que la preuve de la félonie est là, sous nos yeux et ceux des prisonniers, depuis le début.

Pour sa première apparition dans un film de Wilder, William Holden rafle en 1954 l’Oscar du meilleur acteur pour le rôle du taciturne Sergent Sefton. A ses côtés, le tout jeune Peter Graves campe le charismatique Price.

Face à la promiscuité d’un groupe d’hommes enfermés dans un baraquement, Billy Wilder fait le pari audacieux de donner la part belle aux objets devenus les meilleurs compagnons des prisonniers : qu’il s’agisse de lettres distribuées par le « facteur » (doublé en français par Louis de Funès), d’une pochette d’allumettes, d’un ocarina brisé ou d’une longue vue, chaque objet participe à l’action, par son importance dans la vie du groupe ou dans celle d’un homme en particulier.

Et même si ce mélange de légèreté et de tension, faisant osciller le film entre comédie et drame, accuse le poids des années (et de la V.F. datée), il reste la dernière oeuvre de Wilder ouvertement cynique. Pour son film suivant, le réalisateur retrouvera William Holden pour Sabrina, dans un registre plus romantique et en ouvrira de plus en plus un univers ouvertement masculin aux rôles féminins.

 

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Joël

Biberonné aux prods Spielberg et John Hugues. Converti au WoodyAllenisme depuis Play It again, Sam. A usé bien des strapontins dans les années 80. A usé bien des VHS dans les années 90. A usé bien des zapettes dans les années 2000. Attaque l’usage intensif de Blu-Ray depuis peu.

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