The Walk

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En 1974, après 6 ans de repérage et de préparation, le funambule français Philippe Petit réalise l’exploit de relier les quelques 65 mètres qui séparent le sommet des tours du World Trade Center en équilibre sur un fil d’acier. Le film de Robert Zemeckis retrace l’aventure de ce pari impossible.

L’idée de retracer l’événement et de faire partager l’expérience au spectateur par l’utilisation de la 3D semblait séduisante sur le papier. Et quand on parcourt la filmographie de Robert Zemeckis, on sait que le bonhomme est coutumier des performances hors normes (avant Flight et The Walk, Zemeckis avait réalisé successivement trois films d’animation mixant motion capture et 3D).

Comme pour nous prouver du bien fondé de l’utilisation de cette technologie, Zemeckis ouvre son film sur une succession de scènes particulièrement mises en valeur en 3D. Jonglerie, marche sur un fil, monocycle, Joseph Gordon-Levitt, qui interprète le rôle titre (dans un agaçant monologue face caméra), nous expose une démonstration de tous les effets possibles. Mais l’acteur a beau s’être entraîné pour les besoins du tournage, la plupart des effets sont bien trop artificiels.

L’édition Blu-Ray 3D, testée pour les besoins de cet article, fonctionne parfaitement pour les scènes finales mais elle est bien trop démonstrative durant le reste du film. Pire, l’évolution de l’histoire semble rythmée par les scènes « 3D friendly », comme si la technique prenait le pas sur le scénario. Si on compare The Walk à L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, dernier opus de Jean-Pierre Jeunet, lui aussi fortement influencé par l’utilisation de la 3D, on se rend compte paradoxalement que le relief semble plus « naturel » chez Jeunet (où la fable fantasmagorique se prête particulièrement aux effets de jaillissement) que chez Zemeckis (où la caution « basé sur une histoire vraie » impose un réalisme peu compatible avec ce traitement).

Des débuts de Philippe Petit, véritable autodidacte des arts de rue, jusqu’à son exploit de 1974, le film nous présente également les rapports qu’entretenait le funambule avec son entourage, sa compagne, ses amis proches ainsi que les personnes que Petit va « recruter » pour constituer l’équipe qui va l’aider à traverser les tours.

Et c’est bien à ce niveau que le spectateur ressent les limites du film. Tiraillé entre la confrontation des personnages d’une part (l’ego et la mégalomanie de Philippe Petit s’opposant sans cesse à son mentor (interprété par Ben Kingsley) et la présentation des événements qui ont conduit à cet exploit sans précédent d’autre part, Robert Zemeckis affaiblit l’impact émotionnel de la tant attendue traversée. On a beau être pris de vertige lorsque la caméra plonge vers le sol sous les pieds du funambule, on sort déçu d’un film où le seul morceau de bravoure semble être cet unique climax. Et l’ingéniosité de la préparation du « coup du siècle » n’y change rien.

Bien sûr, l’histoire est vraie. Philippe Petit et tous les protagonistes de cette incroyable traversée sont revenus en détail sur l’événement, photos et vidéos à l’appui, en 2008 dans le documentaire Le funambule (Man On Wire). En comparant ce dernier à la version de Zemeckis, on se rend compte que le réalisateur, par souci de coller à la réalité, a parsemé son film des moments clefs contés par Philippe Petit dans son interview de 2008 : un premier passage entre les tours jumelles, puis un demi-tour face aux policiers qui l’attendaient sur la plateforme de la seconde tour (Petit fera ce jour-là huit allers-retours successifs durant près de 45 minutes !), un moment suspendu (c’est le cas de le dire !) allongé sur le fil puis un salut au public qui l’observe au pied des tours. Zemeckis étire la scène pour mieux nous faire prendre conscience de la lenteur de la progression du funambule. Mais la magie n’opère déjà plus.

Ironiquement, on peut même dire que l’émotion ressentie à la vision du documentaire est bien plus forte. Si vous voulez découvrir le monde fou de Philippe Petit, regardez Le funambule plutôt que The Walk.

Le Blu-Ray 3D, dépourvu de bonus, aimablement mis à disposition par l’équipe de Cartel (merci à eux), ne m’a hélas pas permis de juger du contenu additionnel. Toutefois, les éditions SteelBook de The Walk contiennent deux bonus ainsi que des scènes coupées.

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Joël

Biberonné aux prods Spielberg et John Hugues. Converti au WoodyAllenisme depuis Play It again, Sam. A usé bien des strapontins dans les années 80. A usé bien des VHS dans les années 90. A usé bien des zapettes dans les années 2000. Attaque l’usage intensif de Blu-Ray depuis peu.

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